La collection Raoul Gérard

Histoire d'une passion

Raoul Gérard Oesterreich naît à Paris en 1883, dans une famille fortunée d’origine israélite allemande. En décembre 1889, un cadeau de Noël orientera toute sa vie. Il n’a que six ans lorsqu’il trouve 75 figurines d’étain dans la cheminée. Et c’est la naissance d’une passion qu’il vivra en ascète pacifiste, mais entièrement tournée vers le passé militaire glorieux et héroïque.

N’ayant aucun souci d’argent, Raoul Gérard Oesterreich adolescent fait du hobby de son enfance une véritable raison d’être. A travers les petits hommes d’étain, c’est l’histoire militaire qui l’intéresse. Il va la reconstituer, pièce par pièce à la manière d’un puzzle. A 18 ans, il possède déjà 40’000 figurines !

Bientôt, l’histoire de France ne suffit plus à satisfaire sa curiosité. Il part donc à la quête de nouvelles collections en Angleterre, en Europe de l’Ouest, puis en Egypte et enfin à Buenos Aires. Et lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il possède déjà 180’000 figurines !

De 1914 à 1918, Raoul Gérard Oesterreich séjourne en Angleterre où il épouse une jeune américaine, elle aussi fortunée, Dorothy Moorwood. La jeune femme est atteinte de la tuberculose; le jeune couple se rend à Davos, puis s’établit à Lausanne d’où Raoul Gérard Oesterreich fait exécuter un grand nombre d’illustrations (notamment par l’aquarelliste Wilke). Il correspond avec plusieurs artistes de différents pays, à qui il envoie une documentation écrite ou imagée et commande une série de dessins ou aquarelles. Il est également en relation avec d’autres collectionneurs, tel par exemple, Paul Armont, Otto Gottstein.

Prémisse à la Deuxième Guerre mondiale, la montée du nazisme va l’inciter à effacer les traces qui conduisent à son passé. Il obtient la nationalité suisse en abandonnant son nom de famille pour le remplacer par son second prénom : Gérard.
Son épouse meurt en 1939; il liquide sa maison lausannoise et poursuit sa vocation d’historien collectionneur à Londres encore, en Afrique du Nord et du Sud, au Canada, aux USA, au Mexique, au Japon et en Inde. D’hôtels en musées, de bibliothèques en expositions, de collections privées en archives officielles, il voyage sans trêve, ni repos. Son parcours pourtant le ramène à Lausanne où Il meurt le 20 mai 1960.

La collection

Que reste-t-il des travaux de celui qui aujourd’hui est entré dans l’histoire des grands collectionneurs de figurines d’étain ? A sa mort, cette fabuleuse collection de 180’000 pièces a fondu au hasard des pérégrinations laborieuses de leur propriétaire, de telle sorte qu’il n’en reste qu’environ 40’000. Raoul Gérard a été un étrange collectionneur autodidacte. A la manière obstinée d’un chercheur, il a assouvi sa passion en magnifiant les temps forts de l’histoire par de petits hommes d’étain gravés et coulés, puis peints par des artistes de renom. Ses carnets de voyage, sa correspondance, son journal personnel en portent témoignage. Si le but de sa quête a été d’abord d’ordre militaire, elle s’est étendue également à l’histoire tout court, à l’héraldique, l’architecture, la civilisation, le folklore et le paysage.

En septembre 1959, à la suite d’une donation entre vifs, l’Etat de Vaud devient légataire universel de Raoul Gérard dont il héritera l’année suivante. Il devient ainsi propriétaire d’un trésor fabuleux, d’une iconographie superbe créée par des artistes célèbres, dont Madlener, Begnini, Rousselot, Bombled-Wilke.

En 1974, une convention est alors établie avec le Musée militaire vaudois qui en devient le dépositaire.