Manifeste du Major Davel
« Nobles, Illustres et Souverains Seigneurs,
Un moment de juste attention, et de serieuse reflexion sur vôtre conduitte envers le Pays de Vaud, vous rendra convaincu par vous même, que c’est par votre inegalité, presomption, et tirannique gouvernement, que vous êtes decheus de la souveraineté du Pays de Vaud, qui a pris la resolution de ne plus à l’avenir reconoitre aucune ordre de vôtre part, sans qu’aucune menace ou promesse de quelle nature que ce soit y aporte jamais aucun changement.
Nous finirons une de vos limites au pont de Guemine, n’ayant pas étendu le plan de notre delivrance à vos inquieter dans vôtre capitale, qui restra telle a votre egard, a moins que vous nous donniés sujet par vôtre armement; alors nous suivrons le droit de la guerre.
Ne vous flatés pas, Illustres Seigneurs, que vos propres forces ayent été le motif de nos limites, car si notre plan s’étoit étendu au point d’entrer dans votre capitale, vous y auriés veûs rengés aupres de vôtre Maison de Ville, sans avoir rencontré aucune opposition, conoissants très bien vôtre faiblesse, et peu de precaution en fait
Il se presente une multitude d’autres endroits plaintifs, irreguliers, et indignes d’un Souverain envers ses sujets, que je n’étale pas ici; je renvoi à l’examen particuliers de chaque seigneur, membre de la souveraineté, de reflechir sur leurs conduitte envers les sujets, de reconnoitre et avouer que c’est avec juste droit et raison que le Pays de Vaud secoue leurs domination tirannique, superbe et insupportable mêmes a leurs propres alliés, et qu’ayant les premiers violéz les serments, qu’ils sont obligé de preter envers leurs sujets, avant celui des sujets, ils restent coupables de la violation des serments des Souverains, (ce) qui dechargent les sujets de celui qu’ils ont pretés.
Faittes, Illustres Seigneurs, de sages et solides reflexions sur le present avenement, qui paroit encor vous conserver quelque reste de souveraineté, si vous en scavés faire un bon usage.
Vous ne serés plus si occupé de procés et vous aurés des moments à penser plus juste que vous n’avés fait, et à mieux employer vôtre vie que vous n’avés fait, que de la passer entiere parmi les procés et briques des charges et emplois d’armes.
Reconoissés vôtre faiblesse à ne pouvoir parer ce coup, tout vôtre grand arcenal, artillerie, munition de guerre et tresors sont ici rendu inutiles. Il ne vous reste, par expression figurée, à la lecture du present manifeste, ni bras, ni jambe, ni courage. Vous n’oseriés employer vos sujets allemands contre nous. Il se joindroient à nous pour transporter vos tresors de la capitale, et en faire un juste partage, et suivre l’exemple de nôtre delivrance.
Vous ne pouvés espérer aucun secour des cantons voisins que vous avés irrités et mepriséz au supreme degré. Le canton de Zuric, prudent et sage, de même que les autres cantons, n’aventureront pas leurs trouppes pour les engager dans des pays où ils seroient coupéz,
Vous introduisés chaque anée quelque nouvell impôst ou peage et vous chargés les publicqs et particuliers des reparations de touttes les grandes routes et chemins royaux.
Vous avés ruiné le commerce, ou votre peu de capacité au gouvernement a fait que touttes les bonnes especes sont presque sorties du pays.
Les droits et privilèges de plusieurs villes du Pays de Vaud ont été de temps a autre (progressivement) absorbé, et l’on a proposé d’y substituer et faire valoir (un blanc dans le texte) droit du paganisme désignés par les articles de l’homme vivant, mourant et confiscant qui sont l’opprobe du pays.
Vous avés recherché les endroits à tellement abaisser les vassaux et personnes en charge du pays, qu’il n’est pas possible de rien écrire de plus indigne et abject.
Si un ballif écrit à un chatelain pour lui faire rendre ses contes, c’est par un mandat publiq ou il est menacé de provision et execution, s’il n’y satisfait pas d’abord; la même chose est pratiquée envers les receveurs, auquels on ordonne, dans un temps facheux, d’exiger à toute rigueur les lauds et censes sous les memes peines, outre la meance de perdre leurs emplois.
Vos comissaires, instruits de vos intentions, assujetissement a fief et a disme tous ceux qui ne peuvent pas bien se deffendre (effectivement, vers le milieu du XVIIIe siècle, il sera rare qu’une terre soit encore libre).
Vous avés empeché, autant qu’il vous a été possible, que des officiers du Pays de Vaud, qui s’evertuoit à porter les armes dans des
Notre dessein pour le present est fixé à vous decharger de la domination du Pays de Vaud, dont vous avés abusé, et reduit é une insuportable extremité.
L’on vous a averti, par letres et anonymes, de l’indigne conduitte de vos bailly, avec offre de se presenter pour soutenir les justes plaintes et accusations; cela a produit une lettre à vôtre thresorier, de s’en informer, qui en a été pleinement convaincu.
Et autre n’en a été qu’une continuation empirée de malversation, bamps (amendes) et amendes exorbitantes, qui ont si fort abbatus et atterrés tant bourgeois et habitans, qu’il est surprenant qu’on ait pû soutenir jusqu’à aujourd’hui.
Vous cassés et retablissés les ministres et impositionnaires de la maniere la plus legere qu’on puisse exprimer; vous oubliés que ce genre de caractere (que des personnes ayant cette fonction) ne se doit pas ainsi manier.
sans pouvoir avancer ny reculer en arriere. Outre la principale raison de notre bon droit, qu’ils n’ignorent pas l’equilibre des cantons.
Et quant à la maniere presente dont nous avons résolû d’en agir à cet egard, nous renvoiyons en toutte secureté, respect et honneteté, les femmes et enfants des baillifs et autres Bernois qui sont dans le Pays de Vaud.
Deffendants à tous bourgeois de Berne, qui sont presentement hors de ce pays, d’y rentrer sans une nouvelle permission du seul commandant des trouppes, sous peine de la vie, sans égard ni remission, de meme que ceux qui resident dans la ville de Berne, sans exception ny aucun pretexte valable. Vous nous renverrés aussi vos bourgeois qui se trouveront parmi vous, escortéz jusqu’au pont de Guemene, où, de part et d’autre, nous tiendrons une garde respective, à chaquune des extrémitéz, comme par forme de suspension d’armes, jusqu’a ce que les femmes, enfants et bourgeois des deux partis soÿent renvoyéz, et que vous ayés eu le temps de former vos armées, à laquelle nous ne refuserons pas l’honneur du combat, si vous le souhaittés.
Vous avés rendu touttes les charges civiles, politiques et ecclesiastiques dependantes de vos baillifs, venales au plus offrant et dernier encherisseur.
Vous avés envoyé des ballifs pour administrer la justice, qui n’ont pas la moindre teinture ny étude du Droit.
Vos ballifs et chambres souveraines multiplient et entretienent les procès des villes, publicqs et particuliers à l’infini.
Il n’y a aucun changement ny amelioration; chaque anée empire, d’où cela est enfin parvenu au plus outre de la plus pernitieuse domination.
souverainetés voisines, ne parvinsent à des emplois (supérieurs) et lorsque leurs merite étoit connus, et qu’ils etoient dans la route presque immanquables d’avancer, vous leurs avés suscités de mauvaises affaires, pour leurs oter les moyens de s’avancer dans les armes, afin que vos bourgeois de Berne eussent tous les emplois (supérieurs). Cependant,
malgré tous vos efforts et oppositions, il est resté cinq ou six officiers
revetus des emplois de lieutenant-collonel, major et capitaine, qui par leur long service et capacité devroient être dans le generallat, si vous ne les aviés pas arreté dans leurs courses.
Vous avés tenu une conduitte generalement desaprouvée avec le clergé par la pretenduë reforme que vos deputez seculiers et d’une vie non approuvée, ont entrepris. L’Academie de Lausanne étoit sensée fleurissante et bien composée; il y a même un esprit sublime qui a brillé dans les cours étrangeres et remportés les pris d’honeur, qui au lieu de recevopir marque de distinction, étoit le premier en buste et exposé au pressant ordre de signer vos articles, qu’il n’y pu eviter de faire, par la consideration de la seureté publique. Cette fleurissante Academie a senti tout le poid de vôtre absurde et sauvage domination.
Vous vous faittes solliciter pendant plusieurs années pour faire de legeres reparations à des cures et eglises. Les trésoriers qui viennent du Pays se birnent à la visite des caves, et ne se détoureroient pas d’un quart d’heures pour faire attention à la reparation d’une eglise, où il pleut sur la tête du ministre et des auditeurs.
Tous les bien de l’Eglise qui avoient été consacrés au service divin reünis au domeine de LL.EE. Le premier usage en est destiné pour les pension seculiere. Le rebut de la cave est assigné a Messieurs les proffesseurs et ministres. »

