Eclairages
Eclairages. Regards sur les collections du Musée
du 18 juillet au 14 septembre 2008
Les collections forment la base de tout musée, déterminent son identité, lui confèrent un visage. Elles sont la matière première à disposition des conservateurs dont le rôle est de mettre en lumière ce qui sommeille dans les réserves. Un autre point de vue sur les collections est toutefois possible : celui de personnes dont l’approche n’est ni historique ni scientifique, le regard subjectif et particulier d’artistes ou d’architectes. Le Musée a ainsi demandé à sept d’entre eux d’actualiser certains aspects des collections, mais aussi de jeter un regard critique sur le principe même d’un tel rassemblement d’œuvres et sur les conditions de leur conservation/présentation. Eclairages allie ainsi présentation des collections et exposition d’art contemporain, et permet au public de découvrir des trésors cachés ou de redécouvrir ce qu’il connaît déjà sous un angle nouveau.
Les architectes Jean-Gilles Décosterd & Catherine Cotting s’intéressent à l’un des paramètres centraux de l’espace d’exposition, à savoir la lumière, ses variations, son impact déterminant sur le «climat» d’un lieu. Pour Eclairages, les deux architectes proposent d’élargir la notion de «climat d’exposition» en réalisant une nappe lumineuse capable de varier d’intensité au gré des changements climatiques. Ce système d’éclairage dynamique (piloté de manière autonome par des capteurs météo disposés dans les Alpes grâce à l’infrastructure mise en place par le projet Swiss Experiment de l’Institut Fédéral pour l’Etude de la neige et des Avalanches [WSL/SLF] reliera directement l’intérieur d’une salle du musée à son environnement. Le dispositif est complété par l’application de deux matériaux (high-tech / low-tech) utilisés en architecture qui interagissent avec le climat local : de la terre compactée et une peinture aux qualités dépolluantes. www.climats.ch
Ariane Epars intervient quant à elle dans l’espace par le son, et propose de rendre audible et par là présent dans l’espace l’ensemble des artistes et des œuvres qui constituent les collections du Musée, en prolongement d’un projet conçu à l’occasion du 100ème anniversaire du Palais de Rumine. En diffusant le nom de tous les artistes et le titre de chacune de leurs œuvres, elle crée ainsi un espace virtuel pour une collection en attente d’espaces réels pour se déployer dans toute son ampleur.
Robert Ireland, qui travaille depuis de nombreuses années sur les notions d’exposition, de cadrage, de «voisinages» entre les œuvres, ainsi que sur les conventions muséographiques et leurs possibles détournements, met en dialogue les œuvres de la collection avec des travaux de sa main, des dessins et photographies réalisés au musée. Il investit ainsi l’espace d’exposition en partant de l’exploration des réserves – dans le double sens de dépôts et de manques, d’espaces concrets et d’absences – et en posant un regard sur les détails des tableaux qui nous échappent habituellement.
Ilona Ruegg s’intéresse elle aussi à l’envers du décor, à ce qui vient après, ou avant une exposition, à cet espace de transition entre deux lieux, à savoir le transit des œuvres, signifié matériellement par les caisses qui les protègent et les enlèvent à notre regard ainsi que par des échafaudages arrangés de façon peu conventionnelle : tour inversée et plates-formes enroulées – l’instabilité, l’entre-deux et l’éphémère érigés en système, le précaire considéré comme la base de la vie et de l’art.
Le duo d’artistes Caroline Bachmann & Stefan Banz s’est inspiré pour sa part de l’œuvre de Marcel Duchamp Etant donnés (1946-66), une installation complexe sur les questions du corps dans son rapport à la sculpture et à l’érotisme, au toucher et à la vision, pour créer des dispositifs de visionnement qui permettront aux visiteurs d’aller à la rencontre des œuvres de façon insolite et inédite et de les inscrire, à travers des allusions aux quatre éléments, dans un contexte élargi de «nature».

