9=10. Les lauréats

- Robert Ireland, Archétype I, 2011, acryl sur coton, 260 x 200cm. Courtoisie de l’artiste
Robert Ireland
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2003]
Après des études à l’ECAL (1982-1987), Robert Ireland a développé son activité artistique dans différents domaines: en parallèle de son activité plastique, il travaille sur des projets d’intervention dans l’espace public et écrit divers textes théoriques ainsi que des textes critiques sur des artistes. Son travail se décline aussi bien en peintures qu’en dessins et installations, et explore les notions d’image, de mémoire, de trace, et de systèmes – qu’ils soient linguistiques, géographiques ou scientifiques. Il interroge l’art, son histoire, la construction des savoirs et leur transmission. Ainsi, les trois grandes toiles réalisées pour l’exposition représentent des objets ou des concepts archétypiques. Elles évoquent tour à tour l’outil primitif qu’est le silex, l’espace de la conceptualisation qu’est le cerveau à travers le rendu d’un moulage endocrânien, et l’empreinte du corps à travers le drapé, cet interstice entre le dedans et le dehors. Quant aux deux autres séries – Revers et Dispersion –, elles tournent autour de la question de la trace (coulure-chute de peinture dans les dessins) et de l’oblitération (les toiles présentent le revers de l’image et sont littéralement cachées par la matérialité de la peinture).
Publication : Robert Ireland: Speaking of Pictures, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2004 (fr.). CHF 20.-

- Bernard Voïta, Sans titre, 2000 - 2012, photographie noir-blanc, dimensions variables. Courtoisie de l’artiste
Bernard Voïta
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2004]
Après des études à la HEAD (atelier de Silvie et Chérif Defraoui), Bernard Voïta s’établit à Bruxelles en 1989, où il réside et travaille depuis lors. C’est principalement par le médium de la photographie que l’artiste explore la question de la transposition de l’espace en une surface en deux dimensions. Plutôt que d’enregistrer une réalité extérieure, il utilise la photographie pour rendre compte d'espaces construits dans le seul but d'être photographiés, interrogeant ainsi la question du réel et de sa perception. Ainsi, l'artiste met en scène des objets de la vie quotidienne dans son atelier de sorte que, vus sous un angle particulier, ils évoquent l'impression d'une image « autre » – paysages, architectures, caméras, chaises. Pour son exposition au Musée, Bernard Voïta reprend une série de photographies de petit format et les agrandit au format monumental. Directement collées sur le mur, elles s’inscrivent littéralement dans l’architecture. Le verre disposé devant elles reflète entièrement le spectateur qui peut donc librement s’y promener, et rentrer pour ainsi dire physiquement au cœur du dispositif de ses images.
Publication : Bernard Voïta: TRAX, avec un texte de Ralf Beil, éditions Fink, Zurich, 2005 (fr./all.). CHF 15.-

- Yves Mettler, Puits de forage, Arnex, 1929 (décomposition), 2011. Installation (bois, tôles, textes, photographies, carte postale, trépan, échantillons de forage). Courtoisie de l’artiste
Yves Mettler
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2005]
Diplômé de la HEAD, titulaire d’un Master d’expérimentation Arts et politique (Sciences Po, Paris) et d’un Master en Sciences Sociale (EHESS, Paris), Yves Mettler interroge les espaces urbains et leurs histoires, en partant le plus souvent de lieux quotidiens, tels des gares, des casernes, des ponts – ainsi son installation Pont Bessières en 2006 –, des salles de concert ou des places. Pour son intervention au Musée cantonal des Beaux-Arts, l’artiste a réalisé une œuvre en deux temps. Il a d’abord reconstitué sur la Place de la Riponne – dans le cadre du Festival Les Urbaines 2011 – le derrick d’un puits de forage de pétrole construit à Arnex-sur-Orbe en 1929. Haut de neuf mètres, fait de bois et de tôle, le derrick a surgit dans l’espace urbain comme autrefois dans la campagne vaudoise, avec une bande-son racontant son histoire et les controverses qui ont animé sa construction – entre savoirs de sourcier et science de géologue. Dans un deuxième temps, l’artiste installe les éléments du derrick comme autant de sculptures dans l’espace du Musée, ou comme autant de vestiges archéologiques d’une histoire à reconstituer. Un échange écrit entre l’artiste et le philosophe Reza Negarestani viendra progressivement l’enrichir de leurs réflexions.
Publication : Yves Mettler, My Flowers Aren't Always Hiding Secrets, avec des textes de Ralf Beil, Konrad Bitterli, Peter Hubacher, Stephen Zepke, Verlag für moderne Kunst, Nürnberg, 2006 (fr./all.). CHF 36.-

- David Hominal, Nietzsche’s Balls, 2012. Installation (projection, dessin, lampe). Courtoisie de l'artiste
David Hominal
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2006]
Né à Evian en 1976. Vit et travaille à Berlin
Diplômé de l’ECAL en 2000, David Hominal obtient le Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2006] et présente l’année suivante sa première exposition personnelle intitulée You Will Never Walk Alone au Musée cantonal des Beaux-Arts. Peintures, dessins, sculptures et installations se côtoient dans son travail pour former une «peinture élargie» où les références à la tradition picturale se mêlent aux références tirées de la culture populaire et underground. En parallèle, l’artiste développe sa pratique de la performance et expérimente avec la vidéo. En 2009-2010, David Hominal passe deux ans à la prestigieuse Rijksakademie d’Amsterdam. Il a participé à de nombreuses expositions collectives tant en Suisse (Berne, Zurich, Genève) qu’à l’étranger (Amsterdam, Berlin, Paris), et a bénéficié d’une importante exposition personnelle au Centre d’art contemporain de Genève en 2010.
Publication: David Hominal. You Will Never Walk Alone. Avec des textes de Philippe Pirotte et Nicolas Pages, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2007 (fr./angl.). CHF 20.-

- Anne-Julie Raccoursier, Chain Steam, 2011, vidéo, couleur, sans son. Courtoisie de l’artiste
Anne-Julie Raccoursier
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2007]
Diplômée de la HEAD et du California Institute of the Arts de Los Angeles, Anne-Julie Raccoursier poursuit un travail vidéo situé à l’intersection entre captation du réel et mises en scène spectaculaires. Partant toujours de réalités existantes, l’artiste retravaille ensuite ses images, les recadre, en dicte le rythme, isole des éléments, intervient sur le son. Les protagonistes de ses vidéos sont le plus souvent des personnes filmées en situation de groupe, dans des contextes de représentation particuliers – qu’il s’agisse d’enfants simulant des jeux guerriers, d’adultes s’essayant à être les stars d’un soir (comme dans la vidéo Noodling qui a valu le Prix du Jury à l’artiste), d’une escouade de motards effectuant d’improbables chorégraphies, ou de foules de spectateurs. Au contraire, pour la vidéo Chain Steam présentée ici, l’artiste a réalisé un « tableau » en plan fixe exempt de personnages. Seules les volutes de fumée témoignent de l’activité humaine, et, par la légère accélération imposée à l’image, évoquent tour à tour des images de la révolution industrielle, d’une ville en état de siège, ou tout simplement la force poétique d’un panorama urbain saisi au lever du jour.
Publication : Anne-Julie Raccoursier. Non-Stop Fun, avec un texte de Nicole Schweizer, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2008 (fr/angl.). CHF 25.-

- Jean Crotti, Sans titre, 2011, crayon sur papier, 28 x 21 cm. Courtoisie de l’artiste
Jean Crotti
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2008]
Le travail de Jean Crotti s’inscrit dans une longue recherche sur la figure humaine. Initié au début des années 1980, son œuvre dessiné témoigne d’une exploration incessante du portrait – portraits d’hommes ou d’adolescents dessinés au crayon de couleur sur des supports aussi variés que du papier, des cartons d’emballage, des cabas ou des couvertures. Tous ces travaux sont effectués à partir d’images provenant du Net, retravaillées et projetées sur les différents supports. En 2008, Jean Crotti est primé par le Jury d’Accrochage [Vaud] pour deux grands portraits sur carton réalisés au crayon de couleur. Pour l’exposition actuelle, il a peint des nus monumentaux sur des couvre-lits, qui représentent tous la même personne. En parallèle, Jean Crotti présente une série de dessins initiée en 2011, où il revient à un format plus intimiste pour décliner une galerie de portraits qui convoque tous ses modèles passés. Une façon de les présenter sans en mettre un plus en avant qu’un autre. Que ce soit par la couleur ou le noir-blanc, dans des décors travaillés ou à peine esquissés sur la feuille, l’artiste confère à ses figures une présence telle qu’elle l’emporte sur l’évanescence du trait, captant ainsi une image qui ne cesse de se dérober.
Publication : Jean Crotti. Se perdre dans ses yeux, avec un texte de Marco Costantini, Editions Niggli, 2009 (fr./angl.). CHF 28.-

- Elisabeth Llach, Vagues n° 9, 2011, acryl sur papier, 40 x 100 cm. Courtoisie de l’artiste
Elisabeth Llach
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2009]
Diplômée de l’ECAL en 1995, Elisabeth Llach développe principalement depuis lors un travail dans le champ du dessin et de la peinture, avec des incursions dans le domaine de la performance. Privilégiant le support papier, elle puise largement dans le flux des images de la presse et en particulier des magazines féminins, mais emprunte parfois aussi des figures à l’histoire de l’art. Avec ces images, elle construit un univers essentiellement féminin qui s’apparente à une sorte de théâtre de la cruauté ou qui semble issu d’un récit à la tonalité perverse d’un Lewis Carroll. Elle développe ses collections d’images en séries, laissant l’interprétation aussi ouverte que la collection d’image est flexible. L’installation réalisée ici, intitulée Vagues, constitue une suite à l’exposition Alles wird gut – Tout ira bien réalisée au Musée en 2010. L’artiste y présentait des œuvres tirées des séries Ne t’inquiète pas et Öl, dans une mise en scène associant ambiances lumineuse et sonore. Mise en abîme du contenu des œuvres elles-mêmes, les installations théâtrales de l’artiste créent des univers entre fictions inquiétantes et rêves obsédants, où se confondent les références et les époques.
L’installation d’Elisabeth Llach a été réalisée en collaboration avec Gilles Furtwängler et Denis Savary.
Publication : Elisabeth Llach: Alles wird gut – Tout ira bien, avec des textes de Alice Henkes et Catherine Pavlovic, éditions Sang Bleu, Lausanne, 2010 (fr./angl./all.). CHF 25.-

- Pauline Boudry / Renate Lorenz, No Future / No Past, 2011, installation vidéo, couleur, avec son. Courtoisie des artistes
Pauline Boudry / Renate Lorenz
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2010]
Formée à la HEAD (1992-1997), Pauline Boudry vit à Berlin depuis plus de dix ans. Elle développe une pratique artistique dans le domaine du film et de la vidéo d’une part, et dans celui de la musique d’autre part. Depuis 2004, elle travaille en duo avec Renate Lorenz. Un des thèmes récurrents de leurs installations concerne les liens entre travail et sexualité, qu’il s’agisse du «travail» de la construction des identités sexuelles ou du travail comme lieu où se produisent et se reproduisent ces identités. L’artiste explore des images d’archives et rend visible une forme «d’archéologie queer» où se croisent la question des genres et de l’ethnicité et où les conditions d’apparition d’identités hors normes et transgressives sont questionnées, comme dans l’installation Contagious ! exposée au Musée en 2011. Les vidéos No Future et No Past présentées ici ont été réalisées pour la Biennale de Venise 2011 et sont montrées pour la première fois en Suisse. Comme le souligne un des titres, les films se réfèrent au mouvement punk, et analysent son rejet de la temporalité (future) à travers la mise en scène de cinq personnages qui rejouent des actions du passé, en se basant sur des archives punk fictives datées de 1976 à 2031.
Publication : Pauline Boudry & Renate Lorenz, Temporal Drag, avec des textes de Mathias Danbolt, Diedrich Diederichsen, Elizabeth Freeman, Denis Pernet, Marc Siegel et un entretien des artistes avec Andrea Thal, Hatje Cantz, 2011 (fr./angl.). CHF 32.-

- Luc Aubort, Franges 1.01, 2011, acryl sur toile de lin brute, effi lée, 250 x 500 cm. Courtoisie de l’artiste
Luc Aubort
Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2011]
Diplômé de l’ECAL en 1998, Luc Aubort développe depuis lors un travail pictural dans le champ de l’abstraction géométrique. Formes abstraites ou motifs ornementaux sont déclinés sur différents supports – toiles, murs, bois – et dans des échelles qui varient selon les circonstances. Souvent, les formes s’échappent du support, ou le support se métamorphose pour suivre les méandres des motifs. L’abstraction des formes acquiert ainsi une matérialité toute particulière, un phénomène souligné par la série des Choses, pour laquelle l’artiste a remporté le Prix du Jury d’Accrochage [Vaud 2011]. Les motifs organiques ou ornementaux de ces petits objets trouvés sont repris à plus grande échelle dans les toiles, dans un jeu de va-et-vient et d’échanges d’influences. De même, Luc Aubort détourne les supports traditionnels de la peinture, comme ici dans la série intitulée Franges. Les toiles monochromes sans châssis sont transformées en drapeaux qui flottent librement dans l’espace, et le détissage de leur bord inférieur les situe à la frontière entre peinture et tapisserie. L’artiste joue souvent sur cette double référence aux beaux-arts et aux arts appliqués, puisant librement dans leurs différents vocabulaires de formes pour développer un univers ornemental et pictural qui lui est propre.
Publication : Franges. Luc Aubort, avec un texte de Claude-Hubert Tatot, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2011 (fr/angl.). CHF 25.-