Newsletter_2: Futur Musée aux halles CFF
Transformer un lieu consacré aux activités industrielles en espace dédié à la culture – la question s’est déjà posée à Lausanne lors de la création de plusieurs centres d’art indépendants (notamment 1m3, Circuit, Doll, Standard/Deluxe ou Trafic) à partir des années 1990 et de la réaffectation du Flon. Ce quartier était d’ailleurs l’un des sites étudiés en 1999/2000 comme possible emplacement du nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts. Aujourd’hui, plusieurs galeries d’art y sont établies, entre autres la Galerie Alice Pauli et l’Atelier du lithographe Raynald Métraux.
Le projet de réaffectation de la halle CFF aux locomotives en musée des Beaux-Arts s’inscrit dans une histoire qui débute dans les années 1960 aux États-Unis et va de pair avec les changements de la morphologie urbaine, l’évolution des politiques culturelles, les crises financières et l’allègement des systèmes de production qui rendent obsolètes les machines et les bâtiments industriels. Cette évolution est nourrie de réflexions au sujet des relations entre les œuvres, les artistes, les institutions et l’architecture. Comme le relève Brian O’Doherty dans Inside the White Cube (1976), le musée traditionnel ressemble à une cathédrale dont l’architecture vise à tenir le monde extérieur à l’écart. La réaffectation de bâtiments industriels ouvre de nouvelles possibilités, à la fois spatiales et temporelles. Le monde extérieur – la réalité urbaine de la ville, sa mémoire, ses activités – reste présent dans l’architecture et se superpose à l’histoire du centre culturel ou du musée qui y prend place, parfois aussi par le nom (l’Usine, The Power Plant…). En réaction, l’on voit des musées construits sur le modèle de l’usine (le Centre Pompidou)!
L’Europe suit cette évolution dans les années 1980. A Paris, la transformation du site d’Orsay – une gare érigée à la fin du XIXe siècle sur l’emplacement de l’ancien Conseil d’Etat – en musée en 1983 reste un exemple emblématique. En même temps, en Suisse, les Hallen für Neue Kunst de Schaffhouse, nées de la conversion d’une ancienne usine textile, se positionnent comme le contexte idéal pour la présentation de l’art des années 1960-80. Selon le concepteur des Hallen, l’architecture fonctionnelle présente des conditions de lumière, de dimensions et d’exposition bien plus « objectives » et adéquates que le « cube blanc » construit ad hoc. Dans les années 1990, deux autres projets suisses acquièrent valeur d’exemple : le Musée d’art moderne et contemporain (Mamco) et le Centre d’art dans l’ancienne usine SIP (Société suisse d’instruments de physique) dans le quartier des Bains à Genève, ainsi que la reconversion de la brasserie Löwenbräu à Zurich, où l’on trouve entre autres la Kunsthalle Zürich et le Migros Museum. Ces réalisations genevoise et zurichoise reposent sur une philosophie commune : conservation du patrimoine architectural et historique, réhabilitation de son image et tentative de catalyser les dynamiques culturelles et sociales. En 2000, pendant le premier week-end d’ouverture, 70'000 visiteurs se sont rendus à la Tate Modern installée dans une centrale électrique transformée par Herzog & de Meuron. Cette nouvelle attraction touristique a suscité par la suite l’amélioration de l’accès routier au quartier et l’ouverture d’autres institutions culturelles.
Ces propos constituent un résumé de l’étude au sujet de l’affectation de friches industrielles à des fins culturelles menée par Federica Martini et Marco Costantini, étude qui fera l’objet d’une présentation publique.

