Marguerite Jayet (1910-2008)
En février 2008, on se pressait au temple de Morges pour rendre un dernier hommage à Marguerite Jayet, qui venait de s’éteindre dans sa nonante-huitième année. Alors qu’avec l’âge le cercle des amis et connaissances se rétrécit, cette affluence était une preuve du rayonnement de cette personnalité exceptionnelle. Longtemps, Marguerite et sa sœur Emeline (1912-2001) furent inséparables. Après avoir remis l’épicerie fine réputée qu’avait tenu leur père et qu’elles exploitèrent quelque temps pour leur compte, elles se consacrèrent à une retraite partagée entre l’entretien de leur maison de la rue des Pâquis, avec son vaste jardin, et leur curiosité pour tout ce qui touche à la nature.
Ainsi adhérèrent-elles au Cercle vaudois de botanique dont elles furent membres jusqu’à leur décès. Pendant plus de vingt ans, les «demoiselles Jayet» suivirent pratiquement toutes les activités du Cercle: conférences, excursions, voyages. D’apparence plutôt frêle et malgré leur âge, elles manifestaient une endurance étonnante, attentives à ne pas manquer les explications que donnait le chef de course en tête du groupe. Pour les photos en macro, le travail en tandem fonctionnait de manière immuable: Emeline l’œil dans le viseur, Marguerite prodiguant les conseils et aménageant au mieux l’espace de la prise de vue. Lors des voyages, lorsque le repas du soir était pris hors de l’hôtel, il était fréquent qu’elles en fassent l’impasse, leur frugalité se contentait de quelques biscuits et d’un bout de chocolat grignotés dans leur chambre. C’est qu’elles avaient du travail! Emeline préparait quelques spécimens récoltés en vue de leur séchage, déterminait et annotait avec une minutie toute scientifique, tandis que Marguerite dessinait et peignait, soucieuse de saisir son modèle dans sa première fraîcheur. Son coup de pinceau délicat témoigne d’un don artistique évident joint à un sens précis de l’observation.

