Le Musée compte ses jetons: suite
Rôle et fonction du jeton de l’Antiquité à l’époque moderne
Dès le XIIe siècle, les termes de merel, maralus, merallus et marellus pour désigner les méreaux apparaissent dans des chartes. Comme dans l’Antiquité, le méreau médiéval sert de complément à la monnaie, car il est omniprésent dans les activités quotidiennes de la population. En tant que substitut monétaire, le méreau est principalement utilisé par des personnalités et communautés laïques ou ecclésiastiques disposant du pouvoir, afin de remplacer la «petite» monnaie démonétisée ou devenue trop rare. Il est également omniprésent sur les tables de comptes (ou comptoirs) des changeurs, marchands et comptables lorsqu’ils effectuent leurs opérations de calcul ou de change.
Au Moyen Age
Le peuple fait appel aux changeurs sur les marchés et foires pour échanger la monnaie étrangère contre celle en cours acceptée par les marchands. La proportion numérique du méreau ne cesse d’augmenter dès la fin du XIIIe siècle. A partir du XIVe siècle, le cuivre et le laiton remplacent le plomb car ils sont plus résistants à l’usure. Les sommes importantes manipulées lors des opérations effectuées par les changeurs, marchands et comptables demandent également un nombre considérable de méreaux spéciaux, appelés méreaux-à-compte ou à «gect». Le gect qualifiait la manipulation de ces derniers et leur disposition sur la table de compte ou comptoir. Le terme de gect donne progressivement naissance au mot gectoue désignant les méreaux à gect qui deviendront par la suite les jetons modernes que nous connaissons. L’emploi de ces objets monétiformes pour des opérations de conversion trouve une explication dans la sauvegarde des monnaies en cours. En effet, pour éviter d’altérer les monnaies en métal précieux (or et argent), victimes de chocs à répétition et d’usure, les changeurs jetaient sur leurs comptoirs en premier lieu des monnaies étrangères ou démonétisées et finalement, des jetons de compte. Ces derniers, frappés à l’image des monnaies, facilitaient la lisibilité lors de leurs opérations de calcul. Les changeurs n’étaient pas les seules personnes à utiliser ces jetons de compte. En effet, outre la lecture et l’alphabet, les élèves apprenaient les différentes opérations de calcul à l’aide de ces jetons.
Les jetons de compte trouvés sur sol vaudois
Parmi les 33 jetons de compte médiévaux et modernes que nous conservons au Musées monétaire, 26 ont été trouvés sur sol vaudois. Le lot des 26 exemplaires est composé de 3 jetons anglais et 13 français, datant du XIIIe au XVe siècle. Les 10 autres jetons, frappés entre la fin du XVe et le XVIIIe siècle, sont issus de l’atelier de Nuremberg. Comment expliquer la disparition des premiers et l’omniprésence des jetons allemands sur sol vaudois, dès le XVIe siècle? D’une part, au XVe siècle, la production massive à moindre coût de l’atelier de Nuremberg porte préjudice à l’atelier royal principal de France, Tournai, jusqu’à causer sa disparition à la fin du siècle suivant. D’autre part, l’histoire du Pays de Vaud est marquée par une date charnière, 1536. Les Bernois deviennent alors nos souverains, l’évêque Sebastien de Montfalcon s’exile et l’atelier monétaire de Lausanne ferme. Dans l’ancien diocèse, le numéraire étranger circule en abondance, en particulier les émissions de Savoie, mais également les monnaies françaises et germaniques, entre autres. L’étude des 10 jetons nurembergeois semble le révéler, puisque les types monétaires imités proviennent de Paris, des Royaumes de France et de Grande Bretagne et du Saint Empire romain germanique. En outre, le XVIe siècle subit une crise économique très grave, car si le commerce prend un essor fulgurant, le prix des marchandises augmente considérablement. Par conséquent, l’administration bernoise a sans doute préféré passer commande auprès de l’atelier de Nuremberg pour ses jetons de compte, ce dernier pratiquant des prix compétitifs sur le marché et produisant des imitations de monnaies étrangères circulant dans le Pays de Vaud.
