Emile-David Turrian

Emile-David Turrian (1869-1906) est né à Montblesson comme 3ème fils d’une famille bourgeoise originaire de Château d’Oex. Instituteur du village, son père Aimé-David Turrian a occupé aussi le poste de secrétaire du Procureur Général de Lausanne. Sa mère, Julie Dépraz venait de la Vallée de Joux.
On sait peu de l’enfance du peintre, sinon qu’il était un enfant turbulent et doué pour la chose artistique. Une chute l’avait laissé handicapé du bras droit. Dès lors il s’est toujours servi de sa main gauche. Comme Léonard de Vinci, il aimait écrire de droite à gauche. En témoignent dates et signatures en miroir sur ses dessins des églises du Pays de Vaud.
Jeune homme, il s’est formé comme typographe avant de s’orienter vers le dessin et la peinture. De 1888 à 1891, il a fréquenté les Beaux-Arts à Genève dans la classe d’Edouard Castres. Ensuite il a poursuivi sa formation à Paris dans l’atelier de Luc Olivier Merson.

La belle de Moudon

 

De Paris, il s’est rendu en Russie, où son frère Jules avait émigré pour occuper un poste de précepteur dans la région de Priluki. Il y a séjourné de 1895 à 1896, en ramenant nombre de toiles et de croquis : portraits de moujiks, paysages de steppe, intérieurs. Il y retournera en 1902 pour une brève période.
En Suisse, il a vécu notamment à Lausanne, à Syens et à Corcelles-le-Jorat. Il aimait à parcourir le Pays de Vaud et a aussi voyagé en Italie, en Allemagne et en Autriche. Après son mariage en 1905, il s’est installé à Paudex sur les rives lémaniques. Il est mort subitement l’année suivante. La cause de son décès n’est pas connue, mais on sait qu’il avait toujours été de santé fragile en raison d’une tuberculose chronique.

Pendant sa courte vie, son activité artistique a été aussi abondante que variée : peinture de portraits et paysages affiches, vitraux, décors de théâtre. Le dessin a été cependant son mode d’expression privilégié : cartes postales, caricatures, paysages urbains. Sa réalisation la plus ambitieuse reste sans doute l’ouvrage qui rassemble les dessins  de la plupart des églises du canton de Vaud. (Le Musée du Vieux Moudon en possède un exemplaire).

Il a toujours vécu de son art mais il ne semble pas  avoir connu un succès public qui lui permette de sortir de la gêne financière. La rumeur familiale affirme qu’il montait souvent à pied à la Vallée de Joux, région qu’il affectionnait avec seulement une pomme dans sa poche.

Cependant il a fréquenté quelques personnages célèbres notamment l’historien de l’architecture Henry de Geymüller. Il connaissait son fils Max, peintre également qu’il avait sûrement rencontré dans l’atelier Luc Olivier Merson à Paris. Cette relation familiale lui valut de collaborer à la décoration d’une maison patricienne à Bâle. Le peintre s’est aussi lié d’amitié avec René Morax, qui a écrit après son décès soudain un article nécrologique flatteur et touchant.
Pierre Ruffieux, Sarzens

Au Musée du Vieux Moudon, vous pourrez admirer ses dessins de maisons du Bourg, le Pont St. Eloi, ses caricatures intitulées A la pinte, deux portraits : la belle de Moudon et la fillette blonde albinos de Corcelles-le Jorat. Le Musée des Beaux-Arts à Lausanne et le Musée historique et Lausanne possèdent également plusieurs de ses œuvres.